Contre la privatisation de GDF

Remi2Par Rémi Féraud, secrétaire de section – 5 septembre 2006

Une OPA sur Suez aura suffi de prétexte au gouvernement pour convoquer une session extraordinaire du Parlement en cette rentrée, avec comme unique conséquence la privatisation de GDF. Pour faire valoir leurs arguments et alerter l’opinion sur les conséquences du texte gouvernemental, les députés socialistes ont déposé des milliers d’amendements. Sont en jeu en effet des questions essentielles :
– le tarif du gaz pour les consommateurs, le projet de loi ne prévoit comme par hasard le contrôle que jusqu’au 1er juillet 2007 !
– la maîtrise collective de notre avenir énergétique, abandonnée au profit d’un futur monopole privé de la distribution du gaz sous l’égide de la nouvelle entité Suez-GDF, qui ne sera pas elle-même à l’abri de futures tentatives d’OPA.
Le gouvernement Villepin et sa majorité ne sont pas légitimes pour effectuer seuls, à quelques mois de la fin de leur mandat, des choix aussi cruciaux et qui risquent bien de s’avérer irréversibles. Et ceux qui ont cru les promesses de Sarkozy qui alors qu’il était ministre des Finances en 2004, s’était engagé à ne pas privatiser GDF, en seront pour leurs frais. Il ne faudra pas oublier cela lorsqu’il multipliera les promesses pour se faire élire président de la République, à l’image de ce qu’a toujours fait Jacques Chirac lui-même.
Quant à nous socialistes, nous devons nous opposer farouchement à la privatisation de GDF comme nous nous étions battus sans relâche contre le CPE. Mais nous devons aussi mettre au cœur de notre projet la préparation de l’après-pétrole et la maîtrise de nos choix énergétiques en France comme en Europe. C’est sur les vrais enjeux de l’avenir, en traçant de vraies perspectives différentes de la droite, que nous devrons convaincre les citoyens de nous faire confiance.

Une réponse à “Contre la privatisation de GDF”

  1. Pierre Kanuty dit :

    Il ne s’agit pas pour les socialistes de se contenter de critiquer l’action gouvernementale par principe, mais de faire de la défense du service public un principe. La fusion Suez GDF est un montage financier pour les actionnaires. Elle ne sert en rien les intérêts de la nation et n’a aucun impact positif sur la politique industrielle dont la France a besoin.

    Les seuls bénéficiaires de la fusion pourraient être les salariés de Suez qui seraient gagnants dans un engagement de l’Etat dans une entreprise importante.

    Dans l’affaire Suez GDF, l’Etat se désengage, il se lie les mains, il se prive des moyens d’agir dans le domaine énergétique. Le capitalisme financier ne hait l’Etat que lorsque ça l’arrange car, on l’a vu et on le verra encore, lorsqu’une entreprise est en difficulté, elle n’hésite pas à demander l’aide des « pouvoirs publics ».

    Les socialistes viennent de rassembler leurs propositions dans un projet pour dix ans. Pour eux, il s’agit aujourd’hui de se doter d’un projet industriel au lieu de se livrer à des coups de bourse.

    Depuis vingt ans, les effets de la mondialisation et de la compétition technologique ont entraîné des mutations industrielles profondes qui ont modifié durablement le paysage économique de notre pays – un paysage dont les contours avaient été fixé depuis la révolution industrielle au XIXe siècle. D’ailleurs, au sein même du patronat, les choses ont changé, signe à la fois de la financiarisation de l’économie et du recul des grandes entreprises. On est passé du CNPF cercle des grands industriels à la française au MEDEF, mouvement politique de patrons introduits en bourse. La nature des échanges avec les syndicats a changé du même coup. Le nouveau patronat est pour un service minimum sur le plan social et salarial. L’emploi est la première victime des changements de stratégie et on le sait, on fête souvent les profits par des licenciements.

    Les socialistes proposent d’aller à contre courant. Là où la préférence actionnariale a des conséquences terribles sur le plan des salaires et des emplois, les socialistes veulent restituer une politique industrielle dans sa dimension humaine, technologique, économique et géographique. Il faut encourager l’innovation et la production car cela permet de développer l’activité dans un territoire. C’est pourquoi les socialistes veulent favoriser des pôles d’innovation qui redonnent ses lettres noblesse à la recherche dans une relation dynamique entre les universités et les régions.
    Dans l’industrie comme dans l’économie, l’Etat doit redevenir un acteur au lieu d’être un liquidateur. C’est la raison pour laquelle, les socialistes sont pour une participation publique au capital des jeunes entreprises.

    Il s’agit donc, non pas de laisser faire l’économie, mais de créer les conditions d’une industrie qui produit de la richesse, ce qui permet de soutenir la croissance et de donner du travail aux Français. Voilà pourquoi les socialistes ne veulent pas d’une fusion liquidatrice mais d’une politique industrielle créatrice.

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