Ecologie citoyenne : il faut changer les mentalités !

Elise Fajgelespar Elise Fajgeles — 28 janvier 2007

Quelques réflexions sur la responsabilité des pouvoirs publics en matière d’écologie citoyenne.

Quand la gauche reviendra au pouvoir, elle devra faire preuve de courage et d’innovation en matière d’écologie. En effet, il ressort des conclusions du rapport de l’Institut français de l’environnement en France (IFEN), publié le 17 octobre 2006 que des résultats significatifs ont été obtenus contre les pollutions industrielles, agricoles ou énergétiques, sous l’effet des réglementations contraignantes. L’enjeu se situe maintenant surtout du côté des sources diffuses, celles qui nécessitent l’adhésion de chacun dans ses choix individuels (pour se déplacer, consommer, se chauffer, se loger…). Il apparaît donc que la nécessité aujourd’hui en matière d’environnement, c’est de changer nos comportements.

I. Les conclusions du rapport de l’IFEN (octobre 2006) : l’environnement est l’affaire de tous.

Le rapport des experts met l’accent sur l’impact des activités humaines sur l’environnement. En effet, l’évolution de la vie quotidienne des particuliers exerce des pressions constantes sur l’état de l’environnement : consommation d’eau, d’énergie, déplacements. En plus de ces pressions directes, les choix de consommation effectués par les consommateurs peuvent influencer fortement les processus de production.

  • L’étalement des français sur tout le territoire (préférence pour les maisons individuelles, prix moins élevés en périphérie qu’en centre-ville, attrait pour la campagne…) crée une ville diffuse où l’habitat et les axes de communication sont particulièrement consommateurs d’espace et où il est difficile de développer des transports collectifs efficaces :
    • étalement des constructions sur le territoire, fragmentation des espaces naturels, dépendance à l’autoroute,
    • un immeuble en ville est moins polluant qu’un lotissement en banlieue,
    • augmentation de la mobilité domicile-travail : pollutions atmosphériques (pour ses déplacements, un périphérique émet quotidiennement 2 à 3 fois plus de CO2 qu’un habitant du centre-ville), effets de serre, nuisances sonores, pollutions liées à la construction de véhicules et des infrastructures de transport.
  • Le volume des déchets produits par an et par habitant, qui atteint aujourd’hui 360 kg, croît entre autres, en raison de l’augmentation de la consommation de produits préparés et emballés en petites quantités.
  • Augmentation de l’utilisation de la voiture au détriment des transports en commun : 84 % des déplacements effectués en voitures particulières.
  • Impact des vacances sur l’environnement : production de déchets disproportionnée dans des zones fragiles comme la montagne ou le littoral.
  • La consommation des fruits et légumes frais hors saison — dont la production et le transport demandent des quantités importantes d’énergie — a des conséquences négatives.

II. Nécessité de politiques publiques courageuses en matière d’éco-citoyenneté

On constate que si les français se soucient certes de plus en plus de la qualité de leur environnement, ils ne sont pas encore prêts, par exemple, à changer leurs pratiques ou à payer plus cher pour des produits dont le processus de production respecte le milieu naturel. Parallèlement, on peut constater une timidité du discours politique et un refus des élus à aborder frontalement toute idée de contrainte nouvelle, ou même à évoquer de simples changements d’habitudes.

Or, le choix des consommateurs est notamment contraint par les prix, l’offre de transports en commun, etc. Il appartient donc aux pouvoirs publics de créer les conditions de la transformation des pratiques.

De même que des réglementations contraignantes ont été adoptées pour lutter contre les pollutions industrielles et agricoles, il convient désormais d’envisager une politique en direction des particuliers qui dépasse enfin le simple stade de la sensibilisation.

Or, pour modifier la vie des gens concrètement, il faut prendre le risque de l’impopularité, et mettre en place de grands travaux afin de gérer le risque environnemental, notamment en finançant la connaissance et la prévention sur le sujet mais également en instaurant contraintes et sanctions.

  • La politique courageuse de grands travaux menée par B. Delanoë pour réduire l’utilisation de la voiture à Paris, qui crée des mécontentements, s’inscrit dans une démarche nécessaire de transformation des pratiques des déplacements dans la région parisienne.
  • Volontarisme politique en matière de sécurité routière : les pouvoirs publics sont parvenus à réduire les accidents de la route, de 16500 morts en 1972 à moins de 5000 aujourd’hui par d’incessantes campagnes d’information, imposition du port de la ceinture, sévérité et radar automatique.
  • Grandes campagnes de santé publique sur le port du préservatif pour lutter contre la propagation du SIDA ou limiter la consommation d’alcool ou de drogue.

Ce volontarisme politique en matière d’éco-citoyenneté doit passer notamment par :

– la mise en place d’instruments financiers régulateurs et incitatifs en faveur de l’environnement (notamment par une politique de développement, d’amélioration et d’aménagement des tarifications des transports en commun),
– des mesures d’éducation très importantes (partenariat ministère de l’environnement et ministère de l’éducation) : page 30 du Projet socialiste pour la France : « Nous développerons l’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires »,
– grandes campagnes d’information sur les gestes écologiques de base à adopter dans la vie quotidienne (qui sait que la lessive liquide est bien plus polluante que la lessive en poudre ou qu’il faut recycler les bouteilles d’huile ménagère de manière particulière ?) ou sur les risques engendrés par certains modes de consommation (développement de campagne comme « La semaine du goût » pour sensibiliser sur l’importance de consommer local et des produits de saison),
– sanctions envisageables en cas de non-respect de certains de ces gestes comme le tri sélectif des déchets, les économies d’eau ou d’énergie, ou nouvelles limitations de vitesse (selon l’Observatoire de l’énergie, une réduction de la vitesse sur les autoroutes de 130 à 120 km/h, permettrait d’économiser 1,7 % de la consommation totale de carburants routiers).

Il appartient à un dirigeant socialiste d’initialiser ce type de démarche parce que le parti socialiste adopte une vison transversale de l’écologie : ces questions sont nécessairement liées aux questions d’urbanisme, de transport, de logement et doivent être traitées en recherchant un nécessaire équilibre entre écologie et égalité sociale.
De plus, même le Pacte écologique de Nicolas Hulot ne prévoit pas ce type de mesures contraignantes envers les particuliers et fait preuve ainsi d’un singulier manque de courage !

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4 réponses à “Ecologie citoyenne : il faut changer les mentalités !”

  1. Philippe dit :

    Bravo Elise,

    A l’heure ou Ségolène ROYAL présente sont engagement sur des mesures très concrètes du Pacte de Nicolas Hulot, devant un parterre d’associations et de citoyens, il est effectivement utile de rappeler les gestes simples qui, dans la vie quotidienne, permettent d’agir en faveur de l’écologie.

    L’autre soir, nous refaisions le monde avec une bande de copains et l’on se prenait à imaginer un moyen d’encourager les constructeurs automobiles de proposer SYSTEMATIQUEMENT des véhicules à moteur hybride d’ici quelques années. A partir de là, il faudrait imposer de basculer en électrique lorsqu’on circule dans une agglomération et ne rouler « polluant » que sur les grandes distances, de ville à ville.

    De la sorte, imagines une circulation urbaine 100% électrique ! Plus de bruit, plus d’odeur, plus de gaz pour noircir les façades…..ce n’est pas utopique. Si l’on encourage fiscalement les voitures hybrides, on peut renouveller entièrement le parc automobile sur une douzaine d’années.

    Une autre idée très, très simple. C’est l’invention d’un sud-Africain de toilettes domestiques basés sur les toilettes d’avion (utilisant 90% d’air pulsé et seulement 10% d’eau, à la fin) Si l’on encourageait les particluiers à installer ces toilettes chez eux, tu imagines les mêtres cubes d’eau économisés ? Et l’eau, c’est un enjeu majeur pour le XXIème siècle.

    Ca c’est très simple, c’est très concret et ça va tout à fait dans le sens de l’engagement écologique de Ségolène Royal.

    Bonne journée. Philippe Maudieu

  2. anne-marie dit :

    beau et interessant texte !!!

    j’ai vu l’autre jour un reportage sur une petite ville de province qui facturait le poids des déchets non recyclés.

    càd que chaque foyer (il s’agissait de maisons individuelles, je ne sais pas comment cela pourrai être appliqué pour des immeubles collectifs) devait trier ses déchets ce qui n’avait pas été trié ou n’avait pu être trié été versé dans une poubelle puis collecté par la ville qui avait installé un système pour peser chaque poubelle, celle-ci munie d’une puce pour indentifier le propriétaire….

    Finalement un bon moyen pour rendre les gens responsables….
    Je crois que les personnes étaient obligés de fermer leurs poubelles à clef car certains voisins déversaient leurs déchets dans les poubelles ne leur appartenant pas !!!

    juste une anecdote pour dire que tout est possible du moment qu’il est une vraie volonté et un vrai courage comme tu l’énonces dans ton article.

    gros bisous si je peux me permettre.

  3. Cédric dit :

    Merci Elise pour ce texte qui met bien en valeur la nécessité d’une politique volontaire pour que les citoyens intègrent des comportements « éco-compatibles ». Le développement durable ne concerne pas que les grands projets, les industries, etc, mais aussi chaque foyer. S’il faut une volonté politique pour imposer des réglementations aux industries (celles-ci ont permis, par exemple, de réduire considérablement l’émission de dioxyde de souffre, dangereux pour la santé), il en est de même pour chaque citoyen.

    Bien sûr le problème est complexe. Par exemple, taxer les habitants de périphérie parce qu’ils utilisent plus leur voiture que les habitants de centre-ville risquerait d’isoler encore plus les banlieues défavorisées.
    Par contre, on pourrait imaginer inciter au co-voiturage en autorisant les voitures qui ont au moins 4 passagers à prendre les couloirs de bus. C’est le cas à New-York je crois: des files sont réservées aux voitures pleines.
    On peut aussi imaginer instaurer un péage à l’entrée de la ville, comme à Londres, qui serait gratuit pour les voitures hybrides (ce qui renvoie à ce que dit Philippe) et les voitures pleines.

    Bon courage à tous les éco-citoyens !

    Cédric Simenel

  4. Raphaël dit :

    L’écologie est-elle de gauche ou de droite ?
    L’écologie est-elle nécessaire ? Et pourquoi ?
    Je me permets d’ouvrir la réflexion sur ces sujets.
    Le constat est fait. L’urgence parait certaine ; les voyants sont au rouge. Notre niveau de richesse actuel atteint au détriment d’une part de l’utilisation des richesse naturelles et d’autre part du à la production massive de déchets et de rejets carboniques lié à la production industrielle atteint des sommets. Mais le citoyen lambda, parisien, français, européen, occidental peut-il encore agir à travers quelques gestes quotidiens ?Autrement dit est-ce que les actions individuelles et collectives de quelques 400 millions d’européens, en admettant que l’Europe agisse et de, utopie partielle mais pourquoi pas, quelques 250 millions d’américains pourront contre-balancer la folle course au développement économique entamés par l’Inde et la Chine, autrement dit quelques 2,5 milliards d’individus nourris par une croissance nécessaire à leur développement et, pour certains, vitale aux économies occidentales.
    Notre conscience est certes nécessaire, nos actions louables, nos bonnes volontés utiles mais quel est, sera le poids de nos actions à l’échelle du monde.
    La gauche ou la droite changeront-ils quelque chose à celà.
    Sommes-nous capable de défendre, connaissons-nous (il existe) seulement le modèle intellectuel, scientifique d’une croissance nulle, voire d’une croissance négative?
    Les mesures prévues, pensées, envisagées à gauche et à droite ne seraient-elles pas que des pis-aller à l’échelle de l’enjeu?
    Personnellement, je n’en sais rien. Je ne sais pas s’il est important de protéger l’ours des Pyrennées ou de m’assurer de la survivance des Iles Tuamutus. Je ne sais pas s’il faut s’inquiéter de Paris, future station balnéaire, des Cévennes, désert de sable ou de l’apparation de phoques à St Malo. Je serais assez tenté de dire que si le constat est clair, les réponses actuelles sont bien mièvres et le reflet d’une absence de détermination politique. Non pas de lâcheté mais bien d’absence d’orientation quant à savoir précisemment quelle direction prendre.
    Un Mr Bush, avec sa vision ultra-libérale ou un Nicolat Hulot avec la volonté d’obtenir un Vice-premier ministre, ministre du Développement Durable tranche plus franchement.
    Les clivages Gauche/Droite, à l’échelle de l’enjeu, semblent bien dépassés ou du moins à renouveller.
    Et encore, n’avons-nous pas aborder la lutte des classes, camarades.

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