Altermondialisme : il existe une voie socialiste

Pierre Kanuty et Henri Weber à Nairobipar Pierre Kanuty — 1er février 2007

C’est du moins ce qu’on peut se dire en tirant le bilan du 7e forum social mondial qui s’est tenu à Nairobi où la présence record du nombre de Français et la contribution des socialistes français ont été remarqués. La tenue de ce FSM en Afrique à la veille d’échéances importantes en France permet tous les espoirs.

Forum Social Mondial de NairobiPour la première fois, un forum social mondial se tenait intégralement en Afrique. Et si la presse française a estimé que ce forum était un échec, c’est essentiellement parce qu’elle n’y a pas trouvé d’intérêt dès lors que les « people » n’y étaient pas, alors que les organisations de la société civile africaine, y étaient largement représentées. Il y avait 15 000 participants à Porto Alegre en 2001. Ils furent plus de 50 000 cette année. Près des trois quarts sont d’ailleurs venus pour la première fois.

L’altermondialisme change de nature…

Après sept années de forums sociaux, le mouvement altermondialiste est en mutation. Il doit résister à l’érosion du temps et au désintérêt médiatique qui masque l’ampleur des mobilisations. Il prétend rester fidèle aux idées de départ en luttant contre sa propre institutionnalisation. Rien de tout cela n’est évident quand on considère que les choses évoluent. D’abord dans le rapport à la mondialisation. On est passé de la posture « anti » au discours « alter ». De Nairobi sont sortis des mots d’ordre qui constituent des axes de travail : les moyens de lutter contre la guerre et de gérer les conflits en envisageant de prendre le compte le rôle des ONG. La renégociation des accords de partenariat économique (APE) négociés entre l’Union européenne et les pays ACP et qui inquiètent les acteurs sociaux africains puisqu’ils sont perçus comme un facteur supplémentaire d’appauvrissement.

Dans la mesure où les forums sociaux se refusent à être des lieux d’élaboration d’une idéologie cohérente, il y a un espace dans lequel les églises et les organisations s’engouffrent de plus en plus. Porteuses d’un message spirituel et à l’initiative dans les structures de développement souvent dans des coins reculés, elles constituent désormais un acteur incontournable et peut-être structurant du mouvement, plus visible que les syndicats et plus efficace dans certains endroits, que les partis politiques.

« Comme des poissons dans l’eau ? »

La participation française elle-même fut un record. Près d’un millier de Français, un important stand de la CGT, la présence massive de plates-formes d’ONG comme le CRID (centre de recherche et d’information sur le développement), mais aussi de nombreux élus locaux ont côtoyé la délégation socialiste française conduite par Harlem Désir et composée d’Henri Weber, Christiane Demontès, Kader Arif, Safia Otokoré, Thomas Mélonio, Gilbert Roger, Corinne Bord et Richard Yung. Présents pour les uns au forum des autorités locales et pour d’autres au forum des parlementaires, nos camarades ont tenté de jeter les ponts d’une structure parlementaire progressiste internationale pour proposer un débouché politique et législatif au combat altermondialiste. En outre, pour la première fois, le responsable le président de la Confédération syndicale internationale, Guy Ryder, a pris la parole à la séance d’ouverture. Il a par la suite participé aux travaux du Forum progressiste mondial (FPM) qui se tenaient sur l’ensemble du FSM. Dans le cadre de l’Alliance pour le travail décent, le FPM, comme la CSI, ont pris part aux débats sur le travail décent. et lancé sa campagne avec les syndicats africains pour que la production des produits dérivés comme la construction des stades lors de la prochaine coupe du monde de football qui aura lieu en Afrique du sud – se fassent dans des conditions décentes, selon les normes de l’OIT.

En marge du forum, la délégation française a rencontré Wangari Maathai, la première femme africaine lauréate du Prix Nobel de la paix en 2004. Militante de la cause des femmes et députée, elle milite pour le reboisement de son pays, point de départ de la réappropriation par les femmes d’un écosystème maîtrisé qui contribue au développement durable du pays.

Être en résonance

Le mouvement altermondialiste française et au premier rang, les ONG attendent beaucoup de l’échéance du printemps prochain. Le parti socialiste a ainsi invité les ONG françaises, leurs partenaires du Sud ainsi que les syndicats présents à débattre à Nairobi sur le thème des relations entre la France et Afrique et des perspectives d’un développement plus solidaire. Tout le monde a répondu à l’appel, illustrant la qualité du dialogue établi depuis plusieurs mois avec Coordination SUD et le CRID. Il en ressort que la France dispose pour la première fois depuis 1981 des moyens de changer les règles du jeu économique et diplomatique entre le nord et le sud. Les attentes de la « société civile » française sont très fortes : le mandat chiraquien fut particulièrement peu convaincant en ce qui concerne la lutte contre la Françafrique et le PS suscite donc de nombreux espoirs de ce point de vue. La France et les socialistes donc jouer cette carte de la rénovation à un moment où, dans le monde africain, l’Europe apparaît de plus en plus comme un prédateur économique quasiment aussi féroce que les Etats-Unis, à la défaveur de la négociation des accords de partenariat économique. Il s’agit donc au plan européen de faire porter la voix d’une solidarité plus forte et au plan français de prouver qu’un autre monde est possible…

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