Ségolène Royal s’engage pour l’égalité des droits!

Vincentpar Vincent Loiseau – 18 mars 2007

Faut-il considérer et répondre à la politique communautariste de Nicolas Sarkozy ? Nous le refusons, notre engagement est et restera laïque, universaliste et égalitaire. L’analyse de Stéphane (« Sarkozy est-il homophobe ? » en commentaire sur ce site) est pertinente sur le fond. Pourquoi cette orthodoxie intellectuelle ? Est-elle justifiée ? Nous vous répondrons trois fois oui : oui parce qu’à proposer un Contrat d’union civile (ou partenariat civil) aux couples de même sexe, Nicolas Sarkozy, comme le fait aussi François Bayrou, enferme les lesbiennes et les gays dans ce que les socialistes ont toujours refusé de faire : à savoir une réponse minimale qui induit l’inégalité des droits chez les citoyen(ne)s ; oui parce que conjointement à cette démarche de réponse communautaire, ces messieurs stigmatisent davantage les homosexuel(le)s et leur place dans la société ; enfin oui parce qu’à répondre à des prétendues « communautés », la droite casse le corps social, rompt le contrat social – si cher à Jean-Jacques Rousseau – et la cohésion sociale qui y est inhérente. Revenir aux fondamentaux, sans nul doute, la droite devrait s’y attarder… la liberté individuelle si chère au Ministre de l’Intérieur ne veut pas dire que la société souhaite être plus libérale qu’elle ne l’est. Bien au contraire chaque individu demande à ce que la société le respecte dans ses choix. Le Pacs (Pacte civil de solidarité) a le mérite d’avoir été délibérément initié et institué en respectant les principes de la République, l’égalité des droits pour les couples de même sexe répond à cette exigence (proposition n°87 du Pacte présidentiel).

Les socialistes garantissent depuis toujours l’égalité des droits et des devoirs, et restent ainsi fidèles aux principes inscrits dans la Constitution française. Ségolène Royal, quant à elle, mesure le chemin qu’il reste à faire et connaît déjà les réticences des réseaux qui vont singulièrement de l’Opus Dei à d’autres religions. Le dernier exemple en date est significatif : les responsables religieux des cultes catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman, arménien, de la région lyonnaise se sont déclarés contre le mariage homosexuel et l’homoparentalité dans un texte commun en février dernier – loin d’être une première en France depuis le pacs et certainement pas la dernière. En effet, ce 17 mars a lieu la troisième Life Parade, avec pour slogan « NON à l’homoparentalité » – la réalité est là !

La candidate ne néglige pas non plus l’opposition réelle, agressive qui existera quand il faudra faire adopter cette réforme qui modifie le pacte social et le vivre ensemble. Lorsque le gouvernement de José Luis Zapatero s’apprêtait à faire voter une loi accordant aux homosexuels les mêmes droits qu’aux hétéros, l’opposition virulente emmenés par le chef de l’Eglise et certains dirigeants du Parti populaire (PP, droite), et des traditionalistes était manifeste. Dans tout le pays, des dizaines d’élus municipaux du PP menaçaient de ne pas célébrer de mariages homos. Plus virulente encore, la hiérarchie catholique en appelait à la «désobéissance civile», fustigeant le plus grand «blasphème jamais commis en deux mille ans de christianisme». Un demi-million de personnes défilant dans les rues de Madrid en juin 2005 contre le projet de loi. Ne faut-il pas avoir aujourd’hui en France un courage politique pour défendre cette proposition ?

La nécessité d’une politique courageuse, Ségolène Royal l’a déjà prouvée. Modifier les règles de fonctionnement de la société, prendre le risque de l’impopularité, la candidate socialiste s’y est engagée comme sur bon nombre d’autres sujets. Elle s’est exposée depuis longtemps sur le chemin de l’égalité d’abord en tant que ministre à l’enseignement scolaire luttant contre l’homophobie à l’école ; ensuite en reconnaissant à l’APGL (Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens), le titre d’association familiale et lui permettant alors d’intégrer l’Unaf. Dans une lettre adressée le 20 avril 2001 au Président de l’Union National des Associations familiales (UNAF), Ségolène Royal, alors Ministre déléguée à la famille et à l’enfance, indiquait « que rien ne parait faire obstacle  » à l’intégration de l’APGL au sein de l’UNAF, le très officiel interlocuteur du gouvernement sur les questions familiales. L’Unaf avait alors tranché négativement, malgré un appui intense et de nombreuses demandes du ministère. Notons par ailleurs que la candidate socialiste avait alors accordé à l’APGL une subvention du Ministère de la Famille, dont elle était en charge, ce qui constituait une première pour une association de parents (et futurs parents) gays et lesbiens. Mais surtout, par la loi du 4 mars 2002, notre candidate avait alors permis le partage de l’autorité parentale pour les parents de même sexe.

D’un autre point de vue, répondant à l’APGL, la candidate socialiste n’exclut pas d’accorder aux couples de lesbiennes l’assistance médicale à la procréation. Elle écrit « Comme vous le savez, la loi de bioéthique doit être réexaminée régulièrement. C’est dans ce cadre qu’il faudra examiner avec attention la demande formulée par les couples de femmes d’accéder à l’assistance médicale à la procréation. »… là encore les réalités des « bébés Thalys » interrogent Ségolène.

Parce que l’estime de soi pour les lesbiennes, gays, bi et trans passe nécessairement par la reconnaissance institutionnelle de l’identité de chacun au sein de la République, nous ne pouvons supporter le discours qui vise à « segmenter » un groupe social qui n’existe que fictivement. Les homosexuel(le)s n’ont pour existence commune que le questionnement de leur trajectoire, les réponses qu’ils-elles y apportent, sont plus souvent liées à l’éducation reçue, les choix qu’ils-elles ont pris dans leur vie quotidienne ! C’est ce que l’on dénomme une « communauté de destin », suffisamment floue pour briser une homogénéité apparente. Les lesbiennes, les gays, les bi et trans sont des citoyennes et citoyens qui votent selon leurs opinions politiques, et non selon leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Mais ils-elles savent que l’égalité des droits se cherche à gauche… « à droite, on entretient des clichés et on se berce d’illusions » souligne Alexandre Carelle, Président de HES.

Alors oui, il existe des « communautés homosexuelles », Monsieur Sarkozy… elles ne traduisent pourtant pas la même réalité quotidienne. Et partant de ce constat, nous revendiquons ouvertement l’égalité des droits pour les couples de même sexe comme une avancée sociale. La cour de cassation par ses arrêts du 20 février et 13 mars 2007 renvoie au législateur, plutôt qu’au juge, de se prononcer sur cette question de société. Monsieur Bayrou, dans l’interview donnée à Libération le 15 mars, reconnaît l’existence des enfants élevés par les couples homosexuels, et se dit favorable à « un lien de parentalité avec le deuxième parent », mais n’est-ce pas une vision restreinte de l’homoparentalité ? quelles sont les mesures proposées ? quels droits pour le deuxième parent ? Alors Monsieur Bayrou, pourquoi pas le mariage ? Voulez-vous encore stigmatiser et différencier les couples, les parents, les enfants dont nous parlons ?

Alors qu’aujourd’hui, la société française approuve dans son ensemble le mariage pour les lesbiennes et les gays ainsi que l’homoparentalité, le Pacte Présidentiel, qui est aussi le résultat d’une phase d’écoute et participative, prend l’engagement de réformes nécessaires et protectrices pour les couples et les familles concernés.

Un choix de société se décide le mois prochain !

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