Monsieur le candidat

Monsieur le Candidat,
Vous avez pris vos quartiers chez nous, dans le 10e, un arrondissement que l’on dit populaire. Moi qui vis ici, je ne vous reprocherai pas de l’avoir préféré au charme discret de Neuilly. Vous avez été sensible à la richesse, à l’exubérance de ces rues où les cris du vieux Paris se mêlent aux échos de Pékin, Bamako, Karachi et Ankara…
Vous aimez la diversité, le dialogue, l’échange… Comme je vous comprends ! Une identité nationale plurielle, métissée par l’immigration : c’était donc là ce que vous aviez en tête. Les commentateurs vous auraient-ils joué un vilain tour en vous accusant de dresser les uns contre les autres, au nom d’une pureté factice, ceux qui ne demandent qu’à vivre ensemble ? A moins que……
A quelques jours de votre départ, peut-être n’avez vous pas encore compris ce que ce quartier essaye de vous dire… On voit, on entend si peu de choses à travers les vitres fumées des voitures officielles. Laissez-moi vous guider. Abandonnez, pour une courte promenade, ces camions de CRS, ce déploiement de forces qui tranche avec nos coutumes, et sent, un peu trop à mon goût, son état policier. Ouvrez les yeux et les oreilles.

Nous y voilà. Une école. C’est tout simple une école. Des enfants – que vous vous entêtez à considérer comme des pédophiles et des criminels en puissance au nom d’un hypothétique destin génétique – des enfants – dis-je, y vont pour apprendre à lire, à écrire, à compter. Pour devenir des hommes dignes et libres. C’est un droit fondamental, un devoir pour toute société. Et que l’enfant soit né ou pas de parents bien en règle, qu’est ce que cela pèse devant la grandeur de cette tâche ! C’est l’opinion des professeurs, des parents, des voisins qui soutiennent les familles menacées d’expulsion. Menacées par vos services, et sur vos ordres. L’an dernier, elles avaient entendu vos promesses. Aujourd’hui, elles attendent encore leurs papiers.
Quel tribut croyez-vous payer à la République en lui offrant les pleurs d’un enfant de sept ans ?
Vous vouliez être l’ogre de la fable ? C’est réussi.

Dans le rôle de la fée, vous fûtes moins convaincant. Souvenez-vous, c’était en 2002…il était une fois, dans la bonne ville de Sangatte, un centre d’accueil pour les demandeurs d’asiles, et dans ce centre, des demandeurs d’asiles. Un jour, vous avez débarqué à Calais, et au son des tambours et des trompettes, vous avez annoncé la fermeture du centre. Et prédit que grâce à cette mesure audacieuse, vous dissiperiez en un tour de main les flux de réfugiés !

Abracadabra, hop hop hop ! Je ne sais pas, si, à Calais, ils n’y ont vu que du feu.. En tout, cas, je me méfie de votre baguette magique, depuis que j’ai vu arriver, près de la gare du Nord, poussés par la même misère, mus par le même espoir, ceux qui, avant au moins, trouvaient un abri provisoire à Sangatte, et qui désormais, se contentent des bancs du square Alban Satragne.

Donner un abri, donner un toit…. A lire votre programme, on croit comprendre que c’est pour vous une mission des pouvoirs publics, et l’on en viendrait presque à oublier, Monsieur le Ministre, la centaine de tentes qui se pressent sur les bords du canal Saint-Martin depuis le mois de décembre ! Heureusement, on se souvient bien vite que Monsieur le Maire de Neuilly, préfère, ô combien, payer des amendes, plutôt que de construire les logements sociaux qui font défaut dans sa commune ! Et que les habitants des Hauts de Seine attendent toujours les centres d’hébergement d’urgence que Monsieur le Président du Conseil Général se garde bien de mettre en place… Allons, Monsieur le candidat, vous voudriez nous faire croire que la fonction change l’homme ?!

Tout ce tapage médiatique ne change rien à votre bilan, à ces problèmes soi-disant résolus, mais en fait aggravés, à ces promesses non tenues, à ces vies brisées….

Cette France-là, je n’en veux plus.

Parce que vous bâtissez votre pouvoir sur la méfiance et la division
Parce que vous donnez plus à ceux qui ont déjà tout,
Parce que votre gouvernement est brutal envers les faibles, et indulgent pour les puissants,

Je peux bien vous le dire maintenant :

« Ensemble, ça va pas être possible »


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5 réponses à “Monsieur le candidat”

  1. Langlois-Mallet dit :

    Bravo pour cette belle vidéo qui représente bien notre quartier, notre vie et notre inquiétude.

    Merci !

  2. François Frémeau dit :

    Magnifique vidéo, très vraie et très efficace. Il faut absolument la faire circuler sur YouTube et DailyMotion (si ce n’est fait) pour qu’elle touche le maximum de public.

  3. Thierry dit :

    Beau texte et belle image. Bravo Clémence pour ton texte qui coule de source. Sincère.

  4. BENALI dit :

    Magnifique texte. Il faut absolument le faire circuler auprès de tous du plus grand nombre.
    Il reflète une vraie sincérité et une réelle inquiétude. Et dire que malgré tout ça beaucoup vont voter pour lui. Je ne sais plus quoi penser. Les gens sont-ils devenus si insensible et si advient que pourra pour ne pas réagir. Pourtant c’est simple rien n’est encore joué. J’en connais qui vont déchanter et le regretter bientôt. Sauf que ce sera trop tard. Si c’est lui qui est élu malgré tout, on pourra dire à dieu à la liberté, à dieu au sens de l’honneur et à toutes les belles choses auxquelles on commençait déjà à rêver et à aspirer.
    HAMID

  5. alexis dit :

    Un texte fin et ferme qui rappelle l’essentiel: Nous ne voulons pas du modèle de société du candidat de la droite

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