Crise économique : origines, mécanismes de déclenchement et de diffusion

Le texte ci-dessous est le fruit du travail de la commission Economie de la section PS du 10e arrondissement.

Crise économique : origines, mécanismes de déclenchement et de diffusion

La commission Economie de la section du 10ème a récemment présenté en Assemblée générale quelques éléments de réflexion sur la crise économique. Ce travail a pour objectif de proposer aux militants socialistes les outils nécessaires à l’appréhension du phénomène économique que nous traversons actuellement et des réponses apportées par le Parti Socialiste.

 

La crise est un phénomène inhérent au capitalisme .

Le capitalisme fonctionne par cycles successifs. C. KINDLEBERGER, historien de l’économie, a constaté qu’ils  se décomposent généralement en cinq temps plus ou moins vigoureux : vient d’abord une phase d’essor, suivie d’une phase d’emballement (bulle), puis d’une phase de peur (éclatement de la bulle) débouchant sur une phase de consolidation (purge) avant le redressement. Il est intéressant de noter que l’économiste américain H. MINSKY a établi que  les crises se préparent quand tout allait bien ce qu’il a appelé «  le paradoxe de le la tranquillité ». Il apparaît donc possible de les anticiper voire de mettre en œuvre des politiques préventives.

Plusieurs explications à la crise  ont été envisagées 

Dans un premier temps, des facteurs historiques et sociologiques  peuvent être mis en avant. Le changement des rapports de force dans le capitalisme, qui aurait promu la domination de l’actionnaire et l’exigence de rendement financier plus important, est parfois évoqué. Pour autant, la thèse du « méchant » capitalisme financier opposé au « bon » capitalisme familial apparaît néanmoins critiquable car le capitalisme n’est par définition jamais social comme le résume l’apostrophe de Karl MARX « accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes ». La rentabilité à long terme du capital est mondiale, chaque investisseur cherchant, en tout lieu et en tout temps, à maximiser son profit.

Une seconde explication tiendrait dans  la déconnexion récente entre les salaires réels et la productivité (donc la hausse des profits dans la valeur ajoutée). Si cette thèse est souvent reprise, elle n’est pourtant pas corroborée par les études[1]. Il n’en demeure pas moins certain que le salaire médian progresse moins vite que le salaire moyen, matérialisant ainsi une hausse des inégalités salariales. Celles-ci proviennent tant de la grande disparité de qualification des salariés que de la baisse des protections collectives. Elles ont pu conduire des ménages les moins favorisés à s’endetter pour compenser la baisse du pouvoir d’achat réel[2].

 

Dans un deuxième temps, une explication strictement financière  doit être apportée.

L’une des principale cause de la crise est la hausse importante de l’endettement causée par l’encouragement inconsidéré au crédit Celui-ci est facilité par des taux d’intérêts bas[3] et par des mécanismes d’innovation financière[4].

Cette hausse de l’endettement a entraîné un phénomène de « bulle » notamment dans l’immobilier. Les prix sur le marché des actifs ne se forment pas de la même manière que pour les marchés ordinaires, où lorsque les prix montent la demande baisse. Ici, lorsque les prix montent, la demande monte aussi, elle est facilitée par le crédit. Les subprimes en sont un avatar. Ce sont des crédits à des ménages pauvres avec décalage des intérêts. Lorsque les débiteurs n’ont plus réussi à faire face à leurs échéances et que les actifs immobiliers pris en gage ont perdu de leur valeur, les banques ont dû affronter une explosion des créances douteuses sans avoir les fonds propres y faire face. La conséquence pratique est que des millions d’américains se sont retrouvés chassés de leur logement. Ce système a réussi à appauvrir les plus pauvres qui sont passés d’une situation où ils n’avaient rien à une situation où ils se sont trouvés à devoir de l’argent[5].

Les mécanismes de diffusion de la crise financière à l’économie réelle.

La crise financière est devenue systémique quand les banques ont laissé voir qu’elles n’étaient plus assez solides pour faire face aux risques des créances douteuses provoquant une crise de confiance et une paralysie du marché financier. Ce phénomène a entrainé une chute du commerce mondial, les échanges se faisant  essentiellement à crédit, provoquant des difficultés monétaires pour les pays dépendants des échanges extérieurs, du fait du creusement du déficit de la balance des paiements. Pour les états les plus fragiles (Turquie, Europe de l’Est, Pays Baltes), les dévaluations ont rendu plus coûteux le remboursement de la dette libellée en monnaie étrangère facilitant les faillites tant personnelles que celle des entreprises. Parallèlement, cette panne de crédit a stoppé l’investissement et  la consommation privée, ralentissant la croissance du PIB qui amplifie le chômage et la baisse des profits, déclenchant un cercle dépressif. Le risque le plus important est celui de la déflation (baisse généralisée et auto-entretenue des prix) car les consommateurs anticipent des futures baisses et ne consomment plus. Dès lors, les taux d’intérêts réels augmentent et les emprunteurs n’arrivent plus à rembourser leurs dettes, ce qui les incite à céder des actifs amplifiant encore la baisse des prix. Dans ce cas, et lorsque la politique monétaire devient inopérante[6], seuls les Etats peuvent agir et favoriser une relance globale par la hausse des déficits publics.

Ces déficits, qu’il conviendra de rembourser, se doivent de demeurer conjoncturels car ils constituent un transfert injuste, les impôts des travailleurs payant les intérêts des rentes, mais surtout rend l’Etat incapable de remplir ses missions sociales. Cette injustice ne pourra être réparée que par une politique fiscale renouvelée dès le retour de la croissance.

 

La Commission Economie

 

Sources : de multiples ouvrages traitent de la crise financière. L’un des plus abordables nous a semblé être celui de M. AGLIETTA, La crise, édition Michalon.

[1]

 

Rapport COTIS du 13 mai 2009

[2]

 

D’autant plus aux USA où l’Etat providence est très faible

[3]

 

Politique monétaire des banques centrales, recyclage des réserves de change des pays exportateurs comme la Chine

[4]

 

Comme par exemple la titrisation qui a pour conséquence de permettre aux banques de se défausser de leurs risques en les transférant à des tiers, permettant ainsi de contourner les règles prudentielles.

[5]

 

X. TIMBEAU

[6]

 

Phénomène de trappe à liquidité quand les banques centrales ne peuvent plus baisser leur taux qui sont déjà au plancher.


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